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  • Photo du rédacteurDelkinn

Etre puriste, c'est pas juste être chiant, des fois c'est aussi être malheureux

Dernière mise à jour : 26 oct. 2022


A l'heure où une série Amazon montre le bout de son nez (si, vous le savez, des anneaux, des elfes, des dollars) on entend les cris fuser de toute part. De tous côtés, c'est vrai­ment le cas de le dire, car si les tolkienistes froncent les sourcils, ceux qui se voudront ouverts d'esprit s'offusqueront de ces amoureux étriqués qui ne supportent pas LA ligne qui bouge dans l'interprétation du Grand Genre.


Pas simple pour les uns de comprendre la position des autres.

Le puriste, c'est celui de la bande qui va évoquer pour sa défense l'esprit d'une œuvre, son âme, voire son "ADN" (plus à la mode encore, le puriste n'est pas toujours à la mode).

Non, il ne veut pas gâcher la soirée de tout le monde en interdisant le mot "Disney" quand on parle de Star Wars ; il n'analysera pas les absurdités du Hobbit de Jackson pour montrer que lui, il a saisi la substantifique moelle de la Terre du Milieu.


Des fois, le puriste est chiant. Mais des fois, le puriste est seul au milieu de la foule.


Je ne m'étalerai pas sur ces si attendus Anneaux de Pouvoirs, donnons-leur au moins le bénéfice du doute ( et le temps d'être diffusés). Il n'y a pas si longtemps, devant ma télé, je reprenais mon costume de puriste quand The Watch me retournait dans ma future tombe. Je ne possède pas la moitié de l'humour de Sir Terry Pratchett ; j'ai beau n'avoir apporté aucune contribution à cet univers, je me suis sentie trahie.


Etre puriste, ce n'est pas être obtus. C'est bien plus compliqué que ça.

C'est vivre, souvent à un moment de transition ou de questionnement, une rencontre qui va bouleverser l'ordre que nous étions parvenus à établir. Parfois, cette rencontre va compenser les petites fragilités sociales (mais non, non, pas toujours, ça arrive aussi aux gens épanouis socialement, évidemment). Un nouveau repère vient s'installer dans notre décor. A 12 ans, il nous aide à passer au-delà des conflits pré-adolescents. A 17 ans, il nous construit une petite fenêtre d'évasion devant les prémices des réalités de la vie, la complexité des choix promis à l'adulte. Adulte, il est le refuge qui nous fait rabattre les cartes.


Et un jour, quelqu'un vient mettre ses images, son interprétation, sa version, entre celles que l'on a construites pendant des années. Dure soumission, mais elle s'accepte. Une adaptation au cinéma d'un livre guide, par exemple, n'est jamais l'égal du livre. Ce sont deux objets différents, avec des contraintes isolées.

Mais la difficulté première, ce n'est pas d'accepter le filtre d'une autre imagination : un puriste discute avec un autre puriste avec joie, et accepte la contradiction dans le respect de l'œuvre maîtresse (oui, le puriste est chiant, un peu).

Ce qui est difficile, c'est la gestion et l'expression du sentiment de trahison. La relation construite avec l'Œuvre (livre, film, série, franchise) est une relation intime, et le puriste ne peut pas le dire sans qu'on lui rie au nez.


Assister à la vulgarisation d'une œuvre fétiche, c'est la partager, mais c'est aussi perdre l'exclusivité de cette histoire d'amour. Je me souviens de la sensation mi-figue mi-raisin quand j'ai appris que le Seigneur des Anneaux allait être adapté en films. Je voulais que le monde connaisse Tolkien, ce génie qui avait changé ma vie.

Mais imaginons : que se passe-t-il si, au cinéma, en avant-première après une prière, je vois sur l'écran des messages sociétaux que ne conduisait pas l'original ? J'entends des dialogues qui pervertissent des personnages symboliques ? Ou plus basiquement, le travail est bâclé, les images manquent de grandeur et je ne ressens rien ?


Quand il vit ça, le puriste est malheureux. Parce que le Grand Œuvre est perverti, et ceux qui ne savent pas vont soit s'éloigner et se désintéresser de l'original à cause d'un reflet mensonger, soit s'attacher à ce mensonge. Pire, il dit connaître le sujet, le maroufle impi !


Etre puriste, c'est un peu être religieux, dans le rôle du martyre silencieux que le dieu a reconnu comme un fils, dans un monde d'ingrats ignorants qui ne savent pas.

Attention ! Ces ignorants, le puriste ne les prend pas pour des imbéciles. Ce sont des bienheureux, finalement, Tandis que perdu dans la colère et l'incompréhension, il n'a aucun moyen de montrer comme le monde est beau avec ce joyau pur qu'il a rencontré dans un livre ou un ciné. Le respecter, c'est le chérir, le protéger.


Alors n'en voulez pas au puriste. On est tous le puriste de quelqu'un.

Ce n'est pas être obtus qu'être un puriste : c'est être amoureux sans espoir de retour, et désespérément fidèle.


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